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Archive for février 2013

DSCN9311 (Custom)Quel bel hiver ! Il nous fera apprécier le printemps ;-). Pas facile d’avancer les travaux, entre 2 averses de pluie, de grêle ou de neige… Sachant qu’une averse en Puisaye peut durer une semaine non-stop… 😉 Après avoir terminé l’ossature Nord, nous avons déplacé l’échafaudage pour le mettre contre le pignon Est, avec l’aide de Hugues (merci encore !). Ça sera beaucoup plus confortable de monter l’ossature du pignon avec l’échafaudage : pour le pignon Ouest, ça avait été un peu sportif, à l’échelle…

Ce pignon est un peu plus simple que celui de l’Ouest dans la mesure où nous n’avons pas l’appenti à intégrer : ça va beaucoup plus vite. Il faut dire aussi qu’à force de poser des montants d’ossature, j’ai peaufiné la technique : des ficelles tendues aux extrémités du pignon définissent l’alignement de l’ossature ; j’utilise systématiquement des serre-joints pour caler les montants d’ossature, et je fais les découpes sur l’échafaudage, à la petite circulaire, ce qui m’évite de descendre et remonter sans arrêt. Comme dirait l’autre, « ça bine pas les blettes ». Et heureusement, parce qu’avec le peu de jours sans intempéries en ce mois de janvier et ce début février, un peu d’efficacité n’est pas superflue…

A l’heure où j’écris, l’ossature intérieure du pignon Est est terminée : il ne reste plus que l’ossature extérieure, qui sera normalement plus facile à monter car tous les calages sont faits ! Nous allons bientôt pouvoir prendre les cotes exactes des ouvertures pour commander les menuiseries…

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Finalement ce temps hivernal me permet aussi de finaliser un certain nombre de choses : plans électriques, réflexion sur la pose du frein-vapeur derrière les fermes, commande de matériaux, etc. Un peu de travail de bureau pour préparer le retour des beaux jours !

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Les mots agricoles

agriculture-chimiqueJe me présente depuis longtemps comme un « paysan ». Dans mon ancienne vie professionnelle, je prenais un malin plaisir à glisser cela au beau milieu d’un séminaire pointu sur la high-tech. Je jouais consciemment sur le décalage entre la perception plutôt péjorative du « paysan » par l’assistance (un rustre, un balourd, un « bouseux ») et ma propre définition : un gars du « pays », attaché aux valeurs de la terre. Le mot « paysan » a quelque chose de flatteur pour moi ; je garde une image d’enfance des vieux paysans, qui incarnent une forme de sagesse. Mais ma définition du mot « paysan » n’est pas juste ; elle est biaisée et j’utilisais ce biais pour détendre l’atmosphère en séminaire tout en me flattant intérieurement.

Le temps ne nous permettant pas d’avancer sur les travaux de la maison, je vous propose, au travers de ces quelques lignes, de regarder d’autres mots agricoles, avec curiosité.

Phytosanitaire

La définition du Larousse donne : « Qui concerne la préservation de la santé des végétaux », de phyto- (grec phyton, « végétal ») et sanitaire (« qui a rapport avec la santé »). Les produits phytosanitaires sont donc censés préserver la santé des végétaux. En y regardant de plus près, les produits phytosanitaires sont classés en plusieurs catégories : herbicides, insecticides, acaricides, fongicides, nématicides, molluscicides, rodenticides. Ce sont tous des « -cides », du latin caedere : « tuer ». Surprenant : comment peut-on préserver la santé en tuant ? Comment peut-on préserver la santé des végétaux, dont font partie les herbes  par exemple, avec des herbicides (qui tuent l’herbe) ? Pour prendre un exemple concret, le célèbre Roundup est un herbicide « non sélectif », un « herbicide total », c’est-à-dire qu’il tue tous les végétaux sur lesquels il est appliqué. Et pourtant, il s’agit bien d’un produit dit « phytosanitaire », c’est-à-dire qui est censé concerner la préservation de la santé des végétaux…

Notice BASF Springbok

Extrait de la notice BASF Springbok (herbicide colza)

Il s’agit là d’un non-sens évident : le mot phytosanitaire, pour désigner ces produits, est pour le moins inadapté ; il s’agit même d’un contresens. Pour décrire ces produits en se rapprochant de la réalité, nous pourrions utiliser par exemple le mot phytocide : « qui tue le végétal ». Bien évidemment, le Roundup est phytocide. Tous les herbicides sont par définition phytocides. Nous pourrions dire de même des fongicides, qui tuent les champignons. Que serait en effet le monde végétal (dans son sens large, par opposition au monde animal ou minéral) sans les champignons, que tuent les fongicides ? Nous pouvons même aller plus loin avec toutes les autres catégories, dans la mesure ou un insecticide par exemple va détruire des insectes, comme les abeilles ou des insectes fondamentaux de la microbiologie des sols (nématodes, arthropodes, lombrics, etc.), mettant ainsi en péril les végétaux à plus ou moins court terme. Un insecticide peut donc être aussi considéré comme un phytocide lent, et entrer ainsi dans la catégorie des produits phytocides.

Agriculture conventionnelle

D’après le Larousse, le premier sens de « conventionnel » est « qui résulte d’une convention ». Allons voir ce que signifie « convention » : « accord, pacte, contrat entre deux ou plusieurs personnes  (physiques, morales, publiques) ». C’est une possibilité : plusieurs personnes ont signé un accord, un contrat qui définit ce qu’il y a dans l’agriculture « conventionnelle ». Pourquoi pas ; mais quel est donc ce contrat ? Une autre définition de « convention » est : « ce qu’il convient d’admettre ». Que convient-il d’admettre exactement ? Tout cela n’est pas encore très clair. Revenons alors à « conventionnel », qui a un deuxième sens : « [milit.] armes conventionnelles : autres que nucléaires, biologiques et chimiques ». Même si cette définition est intéressante, nous sommes de nouveau face à une impasse, car l’agriculture « conventionnelle » fait usage de produits chimiques : produits « phytosanitaires » et engrais de synthèse notamment.

Notice Monsanto Latitude

Extrait de la notice Monsanto Latitude (fongicide)

Je ne comprends donc pas vraiment ce que signifie « agriculture conventionnelle » ; y aurait-il un autre adjectif plus clair qui pourrait définir cette pratique agricole ? Ou, pour poser la question autrement, qu’est-ce qui permettrait de différencier l’agriculture « conventionnelle » de l’agriculture « biologique » ou « agroécologie » ou même « permaculture » par exemple ? Ce qui me vient immédiatement en tête, c’est l’utilisation ou non d’intrants artificiels : engrais de synthèse et produits « phytosanitaires ». Nous pourrions donc nommer cette pratique agricole « agriculture artificielle ». Mais cela ne reflète pas le travail quotidien, très réel des agriculteurs ; c’est péjoratif, voire insultant. Autre piste : ces intrants sont tous des produits chimiques. Nous pourrions donc dire que l’agriculture « conventionnelle » s’oppose à l’agriculture « biologique », à l’agroécologie ou à la permaculture par l’utilisation de produits chimiques. Nous pourrions peut-être appeler cette pratique agricole une « agriculture chimique » ? Même si ce terme peut paraître un peu violent, il est plus proche de la réalité que « conventionnel » et a l’avantage de pouvoir distinguer clairement les différents types d’agriculture.

Agriculture biologique

Le Larousse définit « biologique » par « relatif à la biologie ». Et le mot « biologie » est défini par « Science de la vie, des êtres vivants ». Eh bien ça ne m’en dit pas beaucoup sur la spécificité de l’agriculture « biologique ». Une autre définition est « propre à l’état vivant ». Ça ne m’avance pas plus. Cherchons ailleurs.

L’agriculture est apparue il y a plus de dix mille ans, lors de la révolution néolithique, au proche-orient. Depuis plus de 10 000 ans, les Hommes cultivent leurs terres, font des récoltes, gèrent les semences. Les engrais de synthèse et autres produits « phytosanitaires », quant à eux, ne sont arrivés massivement en Europe que dans les années 1960, même s’ils ont été conçus après-guerre. Au pire, cela ne fait que 70 ans que nous utilisons des produits chimiques dans l’agriculture. 70 ans sur 10 000 ans. Depuis 9930 ans, les Hommes cultivent sans aucun produit chimique. Le bio, une mode ? En y regardant de plus près, la mode ne serait-elle pas plutôt l’agriculture chimique ? Passons.

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Mais alors quel adjectif pour définir cette agriculture ancestrale, historique, qui n’utilise pas d’intrants artificiels ? Comment traiter la spécificité des OGMs ? Le mot qui me vient immédiatement, et qui englobe tout cela, est « naturel ».  Même si l’agriculture fait par définition intervenir l’humain, mécanisé ou pas, on peut facilement différencier le mode d’intervention de l’humain : est-ce qu’on injecte quelque chose d’artificiel (n’existant pas à l’état naturel) dans la terre ou le végétal, ou pas ? Oui, l’agriculture « biologique » est en fait une agriculture naturelle, qui bannit les produits et plantes artificiels, qu’ils soient de nature chimique ou génétiquement modifiés en laboratoire.

Agriculture raisonnée

Le Larousse (Pierre Larousse était Poyaudin, d’où mes références incessantes ;-)) définit « raisonné » par : « qui s’appuie sur le raisonnement, fondé sur des preuves, des raisons ». Notons au passage que cette pratique agricole qui consiste notamment à limiter l’utilisation de produits chimiques est qualifiée de « raisonnée » et non pas « raisonnable » (« qui pense selon la raison, le bon sens »), ce qui donne une nuance très claire ;-).

Je me demande par contre quel raisonnement peut nous pousser à utiliser des produits chimiques pour nous cultiver notre nourriture. Tous ces produits chimiques, sans exception, sont toxiques. Il suffit de consulter les étiquettes de ces produits (cf. les extraits postés dans cet article monsanto, syngenta, basf par exemple) pour s’en convaincre. Je ne vous fais pas profiter d’un scoop mondial en écrivant cela : c’est un fait établi depuis des années, clairement documenté par le ministère de l’agriculture ou le ministère du travail par exemple. Quel « raisonnement » peut nous conduire à utiliser des produits toxiques pour nous nourrir ? Je ne comprends pas le sens.

Heureusement, le ministère de l’agriculture, par le décret n° 2002-631 du 25 avril 2002, définit ce qu’est l’agriculture « raisonnée ». Ce décret est très intéressant à lire ; cependant, ni ce décret ni les arrêtés modificatifs du 20 avril 2005 et du 5 février 2007 ne définissent aucun seuil d’utilisation de produits chimiques qui permette de distinguer l’agriculture « conventionnelle » de l’agriculture « raisonnée ». Ils imposent seulement le respect des doses préconisées par le fabricant. Dire que l’agriculture raisonnée utilise moins de produits phytosanitaires que l’agriculture conventionnelle est donc au minimum une erreur et au pire un mensonge, sauf s’il est couramment admis que les agriculteurs conventionnels dépassaient les doses prescrites par les fabricants, ce que je n’ose imaginer. S’il est facile, à l’aide de ces décrets, de différencier l’agriculture « irraisonnée » de l’agriculture « raisonnée », il est impossible de différencier l’agriculture « conventionnelle » de l’agriculture « raisonnée » en terme d’utilisation d’intrants chimiques. Il est donc clair que l’agriculture « raisonnée » est une autre forme d’agriculture chimique, de même que l’agroécologie est une autre forme d’agriculture naturelle.

Je pourrais continuer pendant encore quelques pages, tant il y a à dire : les « paysans » devenus « agriculteurs », puis « exploitants agricoles », et maintenant « techniciens du vivant » dans certains textes. Les produits « phytosanitaires » sont déjà en train de se transformer en produits « phytopharmaceutiques », ce qui n’est pas sans intérêt vu que cet adjectif permet de souligner les liens entre ces fabricants et les labos pharmaceutiques (Bayer, Syngenta (ex-groupe Novartis), etc.)… 😉

Conclusion

Ce petit plongeon hivernal dans la sémantique agricole a été pour moi très instructif !

 Ma première conclusion est que nous n’utilisons pas les bons mots pour définir les pratiques agricoles. OK, et alors ? Et alors, une phrase du type « Seulement 3% des terres agricoles françaises sont cultivées selon les principes de l’agriculture biologique, qui bannit l’utilisation de produits phytosanitaires. Le reste est cultivé soit en agriculture conventionnelle, soit en agriculture raisonnée » prend un tout autre sens lorsqu’on utilise les bons mots : « Seulement 3% des terres agricoles françaises sont cultivées selon les principes de l’agriculture naturelle, qui bannit l’utilisation de produits phytocides. Le reste est cultivé en agriculture chimique. »

Ma deuxième conclusion appelle des questions :

  • ne serait-il pas plus juste d’avoir un étiquetage « produits issus de l’agriculture chimique » plutôt que « produits issus de l’agriculture biologique » ?
  • pourquoi les agriculteurs « bio » doivent-ils payer une certification « bio », un label « bio » alors qu’ils utilisent des méthodes naturelles ? Ne serait-il pas plus juste de faire payer l’agriculture chimique, responsable de la majorité des pollutions de l’eau (88,7% des contaminations azotées et 95% des contaminations liées aux pesticides, selon le Commissariat Général au Développement Durable) ?

Ma troisième conclusion est que je trouve tous ces jeux de mots très dommageables à la profession agricole ; si dès le départ on avait dit clairement en quoi consistait la « révolution verte », je pense qu’un grand nombre d’agriculteurs n’aurait pas adhéré à ses principes. Les agriculteurs sont pour la plupart amoureux de leur métier, qui est un métier on ne peut plus magnifique consistant à répondre à un besoin primaire de l’humanité : se nourrir. C’est un métier tout aussi beau et tout aussi louable que médecin, à mes yeux. Je fais parfois un parallèle entre les pratiquants d’une agriculture chimique et les fumeurs : ils sont pris au piège dans un système pervers qui les rend complètement dépendants. Et dans les 2 cas, ils en sont les premières victimes, à titre individuel et familial. Victimes dans les 2 cas d’un système que nous autorisons, voire même que nous encourageons à l’aide de subventions dans le cas de l’agriculture chimique.

Ma dernière conclusion est qu’il se pourrait bien que certains « maux agricoles » soient amplifiés par les « mots agricoles ». Si nous utilisions des mots plus adaptés, plus proches de la réalité, dénués de contresens pour désigner ce qui nous nourrit, gageons qu’une grande partie de la population changerait ses habitudes alimentaires très rapidement.

Pari tenu ?

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