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Archive for juillet 2016

Et BOUM !

roit d'auteur: http://fr.123rf.com/profile_abluecup / 123RF Banque d'imagesJe suis une bombe. Pas une bombe sexuelle, ni la bombe de « c’est d’la bombe » ; cela me plairait beaucoup, mais… non. Je suis une bombe, une vraie.

Je suis connue de tous, et pourtant je ressens le besoin de prendre ma plume pour m’adresser directement à vous.

Je suis issue du cerveau de l’Homme, née de ses mains. Ma fonction est de pulvériser, broyer, brûler, souffler, déchiqueter, détruire, mutiler, tuer. J’agis avec une parfaite équité, hors de toute considération de sexe, d’âge, de religion, de couleur de peau, de culture, de croyances, de catégorie sociale, de handicap, d’opinion politique. Je frappe pères et mères, fils, filles, frères et sœurs, grands-parents, cousins et cousines, ami(e)s, conjoint(e)s, collègues, voisin(e)s, célébrités, inconnu(e)s. Je frappe directement les corps, mais aussi les familles, groupes sociaux, professionnels, religieux, politiques. Quand je frappe un village, c’est une région qui souffre. Quand je frappe une ville, c’est tout un pays qui est sous le choc. Quand je frappe une communauté, la douleur dépasse les frontières. Et quand je frappe un symbole, le monde entier est meurtri. Mes victimes ne sont pas seulement celles et ceux qui sont touchés dans leur chair. Pour chaque victime physiquement atteinte, ce sont des dizaines, des centaines, des milliers de personnes touchées et ce, quel que soit le lieu où je frappe, sur les cinq continents, dans chaque pays, quel que soit son régime politique, sa richesse. Évidemment, mes effets ne se limitent pas aux humains : je détruis tout ce qui est vivant (animaux, végétaux, etc.) et tout ce qui est matériel, toujours avec une parfaite équité.

J’existe sous de multiples formes : éparpillée au sol, ceinturée autour d’un corps humain, larguée d’un avion, embarquée dans une fusée, un obus ou une torpille, jetée manuellement, embarquée dans un véhicule ou même sur un robot. Je bénéficie d’une créativité débordante.

Sous ma forme la plus primitive, je suis artisanale, et je ne coûte que quelques dizaines de dollars. Sous une forme plus évoluée, je suis le fruit de la recherche scientifique, du travail de centaines d’ingénieurs, d’hommes et femmes qui construisent même des machines pour me fabriquer. Sous cette forme, je coûte beaucoup plus cher, jusqu’à plusieurs centaines de milliers de dollars pièce, et bénéficie pour mon financement d’une solidarité citoyenne sans faille. Sous ma forme ultime, atomique ou « H », je suis capable d’enlever la vie à plusieurs centaines de milliers de personnes en quelques secondes, détruisant toute vie et pulvérisant tout sur des dizaines de kilomètres carrés. Je suis d’ailleurs en capacité, à la seconde ou vous lisez ces lignes, d’éradiquer l’espèce humaine. Je coûte plusieurs centaines de millions d’euros pièce pour ma fabrication, et plusieurs milliards d’euros par an pour mon entretien. Même sous cette forme, je bénéficie d’un financement solidaire citoyen sans faille. Avouez que cette idée est particulièrement savoureuse.

Ma relation avec l’humain est assez compliquée : même si la fierté, la consternation, la douleur, la tristesse et la colère se côtoient dans nos interactions, c’est quand même l’injustice et le désir irrépressible de vengeance qui prédominent. Ma fonction pourrait séparer les humains en 3 grandes catégories : ceux qui me donnent vie, ceux qui m’utilisent, et mes victimes. Ceux qui m’utilisent ou me fabriquent ont le privilège de nommer mes victimes : ennemis, tyrans, infidèles, terroristes, innocents, civils, militaires. Notez tout de même que quelle que soit l’étiquette, j’agis encore avec une parfaite équité. Avec l’âge (j’existe depuis plusieurs siècles), je me rends compte que ces catégories n’ont qu’un intérêt ponctuel : peu à peu, et grâce aux sentiments d’injustice et au désir de vengeance, mes victimes d’aujourd’hui sont presque systématiquement mes utilisateurs de demain. Mes utilisateurs d’aujourd’hui sont mes victimes de demain. Quand à ceux qui me donnent vie… ils sont tour à tour aussi utilisateurs puis victimes. Je suis en quelque sorte un modèle un peu particulier de ce que vous appelez « économie circulaire ». Ceci explique sans doute mon succès toujours croissant, et l’attention particulière que chaque citoyen de pays « développé » me porte, en me finançant.

Je vous remercie donc, cher lecteur, chère lectrice, pour votre soutien. Sans vous, je n’existerai pas.

Votre générosité n’a d’égal que mon équité.

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