Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for septembre 2016

OK, une bonne partie de l’été est déjà derrière nous. Mais je ne pouvais résister à l’envie de partager une découverte récente qui a révolutionné ma conception du barbecue : le barbecue rocket. A priori, rien à voir avec l’article précédent, mais plutôt une référence au « rocket stove » (le poêle « rocket ») déjà présenté sur ce blog.

Nous avons tous connu, savouré, partagé des merguez carbonisées, des saucisses cuites à la mode « les Pyrénéens » (les chocolats qui sont froids à l’intérieur et croquants à l’extérieur selon la vieille pub), de la viande fumée aux bonnes vieilles effluves de charbon de bois bas de gamme, une soirée qui s’éternise et où il faut refaire des braises en cata alors que le Claude (celui qui d’habitude mange une demi-vache à lui tout seul à chaque repas) rentre juste de moisson en ayant sauté la pause déjeuner… Et Claude, il ne faut pas le faire attendre trop longtemps quand il a faim, avec ses mains grandes comme des pelles à pain et ses 110 kg que je n’aimerai pas croiser un jour de grosse colère…

Bref, pour la paix des soirées barbecue rurales et autres soirées conviviales végétariennes ou non (bah oui, pourquoi pas, on peut aussi faire cuire autre chose sur un barbec’), un mec a inventé le barbecue « rocket ». Ce truc est tellement cool qu’on le voit fleurir dans tous les éco-festivals en plein air.

Voici à quoi ressemble la bête :

Petit croquis rapidos

Rien de bien sexy au premier abord ; il faut le voir fonctionner pour y croire. Le principe est simple : c’est le principe de la flamme horizontale chère au rocket stove. Le bois est posé verticalement dans le compartiment prévu à cet effet ; il se consume par le bas, en faisant une flamme qui arrive dans la partie inférieure de la cheminée.

RocketBarbecue

La grille est à hauteur d’homme (90 cm), et la chaleur monte par la cheminée, cuisant ainsi (j’oserais presque un « délicatement ») tout ce qui se trouve sur la grille. Si des graissent tombent, elles s’enflamment 90cm plus bas, évitant ainsi de carboniser une partie du repas. Les nostalgiques de la bouteille d’eau avec le bouchon percé (pour arroser les flammes), ou des poignées de gros sel (toujours pour calmer les flammes) ou bien encore celles et ceux qui aimaient bien se brûler les mains en retirant la grille en urgence ne seront définitivement pas fans du barbecue rocket.

Besoin de cuisson forte ? Pas de problème : il suffit de rajouter du bois. Instantanément, la flamme augmente, et la chaleur avec. Besoin de calmer le jeu ? J’enlève un ou 2 bouts de bois. Un pote arrive 1 heure après la fin de la cuisson ? Pas de problème, je rallume le barbecue, et en 3 minutes chrono les chipos commencent à cuire. Une bonne fiesta à 40 personnes ? Pas de souci : le barbecue tourne tant qu’on lui met du bois : fini les temps d’attente pour retirer les vieilles braises et en refaire d’autres.

Alors là, j’en vois déjà ricaner en disant : « il est gentil, bidule, mais il faudrait qu’il sorte de sa campagne : les barbecue à gaz, ça existe depuis quelques années » ! Oui, évidemment. Mais c’est là que réside une autre partie de la magie de ce barbecue : il coûte moins de 100 Euros à auto-construire (grille comprise), est transportable (avez-vous déjà essayé d’emmener le super barbecue-grill-pierrade-rotissoire ne serait-ce que chez le voisin d’en face ?), a une durée de vie presque illimitée (quand la tôle sera percée, vous n’aurez plus mal aux dents), et en plus, si on ne veut pas le faire soi-même, on peut contribuer à l’activité d’un CAT. J’ose ajouter qu’à la campagne, le combustible adapté est omniprésent et gratuit, et que l’entretien de la bête est… inexistant. Je pourrais parler de l’énergie grise de la bête ainsi que de son recyclage, mais là, ça va vraiment finir par ressembler à du télé-achat, cet article ;-).

Voilà pour l’introduction. Je vous propose ici un modèle classique en métal, éprouvé. Il existe mille et unes manières de faire un barbecue rocket : en pierres, briques, parpaings, avec des cuves de chauffe-eau de récup, etc. Là, je prends volontairement un modèle portatif super luxe qui a l’avantage reproductible qu’on peut faire soi-même, avec une petite disqueuse et un petit poste à souder. Je suis conscient que ça ne court pas forcément les rues tout ça, mais bon, j’aime construire avec mes mains, et vous trouverez forcément quelqu’un autour de vous qui est équipé.

Je suis parti d’une tôle noire de 1,25m sur 2,5m en 3mm (on peut prendre du 2mm, ça fera le job) que vous trouverez chez n’importe quel marchand de ferraille. On peut faire 2 barbecues dedans (cf. plan de découpe).

rocketbarbecue2

Plan de découpe

Une fois la tôle découpée et pliée, on se retrouve avec 4 pièces métalliques, à assembler.

Les 4 pièces du barbecue

Les 4 pièces du barbecue

Il y a 2 petites découpes à faire sur le repli de la pièce principale pour laisser passer le rabat de combustion.

Ensuite, rien de bien compliqué : un peu de soudure (idéalement, de la soudure à point suffit, mais un tel outil ne court pas les rues) et le tour est joué ! Évidemment, il n’est pas nécessaire de souder sur toute la longueur : j’en ai profité pour faire un atelier découverte soudure à l’arc…

Une fois le rocket assemblé, il ressemble à ça :

Le barbecue rocket en action

Le barbecue rocket en action

Le plus dur est fait… Il ne reste qu’à le tester !

Le barbecue doit âtre placé avec les anses face au vent ; il faut le poser à plat, et éventuellement mettre un peu de terre ou de sable autour de la base pour éviter les gros trous qui pourraient perturber le tirage. L’allumage du barbecue se fait juste avant la cuisson, avec du petit bois sec. L’utilisation de tout bois traité est à proscrire absolument (voir un résumé ici, ou bien la totale ) ! Bien qu’un des avantages du barbecue rocket soit une combustion de très bonne qualité (proche d’une combustion complète), le bon sens nous susurre à l’oreille que le barbecue n’est pas un incinérateur de déchets (pas plus qu’un poêle classique ou que n’importe quel élément de chauffage, d’ailleurs).

A l’allumage, le bois va se consumer dans la petite chambre d’approvisionnement ; et soudain, la flamme va s’inverser et devenir beaucoup plus forte : le principe de la flamme horizontale se déclenche. Le feu devient vif, les fumées disparaissent (les fumées visibles, en tous cas). Il faut laisser brûler encore 1 ou 2 minutes, histoire d’évacuer les petites cendres légères (surtout si on a utilisé du papier pour allumer), et ensuite le barbecue est prêt pour accueillir les aliments !

Une fois le barbecue allumé, les flammes sont vives et il n’y a plus de fumée

Pour l’alimenter, il suffit de placer des morceaux de bois dans le « chargeur », verticalement. Au fur et à mesure de la combustion, le bois descend automatiquement. La seul chose à faire est de régler la température (plus ou moins de bois), et de réalimenter quand nécessaire.

Vous verrez avec l’usage que la consommation de bois est minime… Avec un barbecue classique, il faut allumer longtemps avant de faire cuire : toute la chaleur dégagée à préparer les braises ne sert pas à cuire, elle est gâchée. Avec le rocket, on cuit dès le premier morceau de bois, quelques instants après que la flamme se soit inversée.

On aperçoit la flamme horizontale tout en bas du barbecue

On aperçoit la flamme horizontale tout en bas du barbecue

Je termine cet article alors qu’on vient juste de finir un déjeuner-barbecue associatif pour 25 personnes… Quand ils m’ont vu arriver avec ce truc en ferraille, un peu à la bourre, j’ai vu des yeux inquiets, et d’autres carrément paniqués. Après l’allumage, quand j’ai mis les grilles, il y avait des regards de curiosité. Après les premières saucisses, les appareils photos s’invitaient autour du barbecue ;-). en écrivant ça, je me rends compte que quand mon pote Bob est arrivé avec son rocket, je suis passé par les mêmes étapes, et qu’au final j’en fais un article sur le blog tellement ce truc est magique ! Mille mercis Bob, et un grand bravo au mec qui a inventé ce barbecue !

 

Read Full Post »

img_0192-customSatish Kumar vient de fêter ses 80 ans – l’occasion pour moi de rendre hommage (de son vivant) à un homme qui m’inspire. J’ai eu la chance de passer une semaine avec lui et sa compatriote Vandana Shiva au Schumacher College il y a 3 ans (cf. article) ; cette rencontre avait donné lieu à une interview qui a été publiée dans le magazine « L’écologiste » dans sa version Française. Quelques années plus tard, cette interview a encore toute sa force, toute son énergie. Vandana dit de lui qu’il parle directement au cœur… Difficile à traduire, du coup, d’autant plus que ce n’est pas mon métier. Il y a 3 ans, au début de l’interview, à la question « comment vous sentez-vous ? », Satish avait répondu : « Je me sens prêt à partir, ici et maintenant », avec un petit sourire en coin…

Bonne lecture et bon anniversaire Satish !

Pourriez-vous décrire en 3 ou 4 images les principaux moments de votre vie ?

A 9 ans, j’ai quitté la maison et je suis devenu moine Jaïn – le Jaïnisme est l’une des 4 principales religions en Inde. Un des principes les plus importants de l’ordre Jaïn est la non-violence. Ne faire de mal à aucune forme de vie ; et pas seulement la vie animale ou la vie végétale : l’eau aussi est vivante, le feu est vivant, les insectes aussi. Toute créature sur terre doit être respectée. Tous les Jaïns sont végétariens. Pendant 9 ans j’ai erré de village en village avec mon bol d’aumône, de maison en maison, ne prenant qu’un seul repas par jour. Le reste du temps, j’apprenais le Sanskrit, la philosophie traditionnelle indienne, la méditation, et j’enseignais les principes Jaïn aux laïcs.

A 18 ans, j’ai été inspiré par Mahatma Gandhi. Il disait que la spiritualité ne devait pas être réservée aux moines, qu’elle devait être pour tout le monde. Et pas seulement dans les monastères. La spiritualité doit être présente dans les maisons, dans le business, dans la politique, dans l’agriculture, partout ! J’ai été très inspiré par ça et j’ai brisé mon vœu monastique : je suis allé vivre pendant 8 ans dans un ashram gandhien. Je cultivais un potager, filais mon coton et fabriquais mes propres vêtements. J’ai vécu une vie très simple, élégante et frugale.

Puis à 26 ans j’ai été inspiré par le mouvement international pour la paix, et particulièrement par un grand philosophe britannique nommé Bertrand Russel. Bertrand Russel faisait campagne pour la paix et a été jeté en prison à Londres pour avoir protesté contre l’arme atomique. Cela a été une révélation pour moi ; je me suis dit : « Whao, voici un gars de 19 ans qui est jeté en prison pour avoir prôné la paix dans le monde. Mais qu’est-ce que je fais là, en Inde, assis à boire un café ? » Un ami et moi sommes allés voir notre enseignant Vinoba Bhavi. Nous lui avons présenté notre projet : relier 4 capitales mondiales possédant l’arme atomique, à pied : Moscou, Paris, Londres et Washington, le tout en marchant. Vinoba a répondu : « Oh, c’est très bien ! Vous avez ma bénédiction. Mais laissez-moi vous donner un conseil : ne prenez pas d’argent. Faites ce périple sans argent. ». Je lui ai répondu : « Quoi ? Sans argent ? Mais nous allons parfois avoir besoin d’une tasse de thé, de passer un coup de fil ou bien d’envoyer une carte postale ! » Il a dit: « Non, pas d’argent, juste la confiance. Parce que la paix commence avec la confiance, et la guerre avec la peur. Si tu as confiance au plus profond de toi, alors tu seras en paix ; et tu ne peux parler de la paix sans être toi-même en paix. ».

« La paix commence avec la confiance, et la guerre avec la peur »

Nous avons donc commencé notre périple depuis la tombe de Mahatma Gandhi ; nous avons traversé le nord de l’Inde, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Iran, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Géorgie, la Russie et nous sommes arrivés à Moscou. Puis nous avons marché depuis Moscou à travers la Biélorussie, la Pologne, l’Allemagne, la Belgique, la France, Paris. Nous sommes ensuite arrivés à Calais où des Français nous ont aidés à prendre un petit bateau pour traverser la Manche. Depuis Douvres, nous avons marché jusqu’à Londres et avons rencontré Bertrand Russel, qui nous a aidés à obtenir des tickets de bateau pour traverser l’Atlantique. Nous sommes arrivés à New York et avons rejoint Washington à pied, pour terminer notre périple sur la tombe de John F. Kennedy. Depuis la tombe de Gandhi jusqu’à la tombe de Kennedy. Pendant ces 2 années, nous avons rencontré des milliers de gens, des médias, des membres de gouvernement, des politiques, des dirigeants d’entreprise, des pacifistes, tout le monde. Nous avons été reçus dans des endroits riches, des endroits pauvres, chez des Chrétiens, des Musulmans, des Juifs, des capitalistes, des communistes, tout le monde. Nous avons expérimenté l’unité de l’humanité. Parce que si tu viens en Indien, tu rencontres un Pakistanais. Si tu viens en Hindou, tu rencontres un Musulman. Mais si tu viens en tant qu’être humain, tu ne rencontres que des êtres humains partout.

« Si tu viens en Indien, tu rencontres un Pakistanais. Si tu viens en Hindou, tu rencontres un Musulman. Mais si tu viens en tant qu’être humain, tu ne rencontres que des êtres humains. »

« Si tu viens en Indien, tu rencontres un Pakistanais. Si tu viens en Hindou, tu rencontres un Musulman. Mais si tu viens en tant qu’être humain, tu ne rencontres que des êtres humains. »

Mais nous avons aussi appris à propos de la terre, et nous avons réalisé que nous devons faire la paix avec la terre, parce que cette terre nous a nourris, et nous a portés pendant ce voyage. Nous ne pouvons pas faire la paix avec les gens si nous sommes en guerre contre la nature, contre la terre. La manière dont nous cultivons, avec nos fermes industrielles, et les animaux élevés dans des conditions horribles dans ces fermes industrielles, et les poisons comme les pesticides, les engrais, tous les produits chimiques et les herbicides que nous déversons dans nos sols, et l’ingénierie génétique, tout ceci est une grande guerre contre la nature. Nous ne voulons pas conquérir la nature ; nous voulons vivre en harmonie avec la nature. Faire la paix avec les gens et faire la paix avec la nature sont deux choses liées. Et bien sûr nous avons dû faire la paix avec nous-mêmes, trouver notre paix intérieure. Nous avons terminé notre voyage à Hiroshima, la première victime de la bombe atomique ; nous avons pensé que nous ne pouvions pas terminer ce voyage sans aller à Hiroshima.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur la manière dont vous voyez l’économie, de nos jours ?

Le mot « économie » et le mot « écologie » sont connectés. Ils viennent de la même origine, ont la même racine : Oikos, qui en grec signifie « maison ». Mais ici le mot maison doit être pris au sens large, la planète entière, la terre entière : c’est ça notre maison. En grec, le mot Logos signifie la connaissance ; écologie signifie donc la connaissance de notre maison, de notre planète terre, la manière dont toutes les espèces sont reliées entre elles. Le soleil donne la vie aux arbres et aux humains, le sol donne la vie aux arbres, aux humains, aux animaux, l’eau donne la vie aux arbres, aux humains, aux animaux. Tous les éléments permettent la vie et l’entretiennent ; c’est une inter-relation. Il y a une extraordinaire solidarité dans la nature : tout le monde permet à tout le monde d’exister. La connaissance de cette inter-relation, c’est « logos » ; l’écologie est une science qui permet d’étudier toutes les espèces et leurs relations entre elles. Parfois, à l’université, on réduit le sens de l’écologie en n’étudiant qu’une espèce, et on dit que c’est de l’écologie. Mais ce n’est pas de l’écologie. N’étudier qu’une espèce n’est pas de l’écologie. Etudier une espèce en relation avec toutes les autres, cela devient de l’écologie ; la relation est capitale. Mais revenons à l’économie. Oikos est la maison au sens large, et nomos signifie la gestion. L’économie est donc la gestion de la planète terre. La gestion de notre grande planète dans son ensemble. Si on gère notre planète, on doit gérer la forêt, l’eau, les sols, les animaux, les humains, etc. Mais de nos jours nous avons réduit le sens d’ « écologie » à l’étude d’une seule espèce et réduit le sens d’ « économie » à la seule étude de l’économie humaine à travers l’argent et la finance. Le sens original de ces deux mots, économie et écologie, le vrai sens de ces deux mots magnifiques a été perdu. Nous l’avons réduit à quelque chose de tout petit. Mais vient la vraie question : comment gérer quelque chose qu’on ne connaît pas ? De nos jours on enseigne l’économie dans nos universités (la gestion de notre maison), mais on n’enseigne pas l’écologie (la connaissance de notre maison). Nos économistes n’ont absolument aucune connaissance de l’écologie. Mais on ne peut pas être un bon économiste si l’on n’est pas un bon écologiste. C’est aussi simple que ça. Pour gérer quelque chose, on doit le connaître. Si tu ne connais pas, tu ne peux pas gérer. C’est pourquoi les 2 matières économie et écologie doivent être enseignées ensemble. J’ai d’ailleurs dit à la London School of Economics [LSE, l’équivalent de HEC à Londres, NDLT] : « Vous enseignez l’économie mais sans enseigner l’écologie ; c’est comme marcher sur une seule jambe. On boite, on se fatigue, et on finit tôt ou tard par s’écrouler. C’est exactement pour ça que notre société est bancale : nous enseignons l’économie en oubliant l’écologie ». Du coup, je leur ai dit : « Vous devriez changer le nom de votre école en LSEE, London School of Ecology and Economics ! »

« Ecologie : du grec Oikos (maison) et Logos (connaissance). Economie : du grec Oikos (maison) et Nomos (gestion). Faire de l’économie sans écologie n’a pas de sens. »

« Ecologie : du grec Oikos (maison) et Logos (connaissance).
Economie : du grec Oikos (maison) et Nomos (gestion).
Faire de l’économie sans écologie n’a pas de sens. »

Encore une chose à propos de l’économie : l’économie de la nature doit être un mentor, un professeur, doit être pris comme exemple. L’économie de la nature est cyclique : on plante une graine qui devient un arbre en se nourrissant du sol ; puis l’arbre donne des fleurs, des feuilles qui tombent et retournent à la terre pour nourrir de nouveau le sol et le cycle recommence. Notre économie humaine doit aussi être cyclique : il n’y a aucune raison que nous ayons des déchets, des plastiques, des décharges – il ne devrait pas y avoir de décharges. Et je dis aussi que l’idée même de la croissance économique est une aberration. Il ne peut pas y avoir de croissance infinie dans un monde fini. Le monde est limité, notre planète est limitée. Et on ne peut pas juste aller, aller, continuer, continuer, croître ; plus d’aéroports, plus de routes, plus de chemins de fer, plus de bâtiments, plus de centres commerciaux, plus de tours : cela ne s’arrête jamais ! Cette croissance économique n’est pas bonne. Bien sûr, on peut avoir des maisons, des vêtements, des chaussures et des meubles qui nous permettent de vivre confortablement dans la joie et dans le bien être. Mais lorsqu’on a atteint ce niveau de confort on n’a pas besoin de plus ! On ne peut porter qu’un pull ou une paire de chaussures à la fois : pourquoi en avoir 10 dans sa garde-robe ? Quand on a un logement confortable, pourquoi en vouloir un autre à la campagne, à New York ou je ne sais où ? Nous devrions savoir nous arrêter, et arrêter de produire, produire, produire juste pour sauvegarder des emplois, pour faire de l’argent et du profit.

« Nous devrions avoir une croissance dans le bien-être. Ça, c’est important. »

« Nous devrions avoir une croissance dans le bien-être. Ça, c’est important. »

En parlant d’emploi, pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre vision du travail ?

Le travail est différent de l’emploi. L’emploi, le job sont des phénomènes modernes qui sont issus de notre paradigme industriel, de notre structure industrielle. Tu vas travailler dans une usine, dans un bureau. Tu y vas, et tu travailles pour quelqu’un, tu deviens un employé, tu as un emploi. Mais le travail a un sens différent. Le travail désigne toute activité humaine. Etre ici à te parler est un travail. Même la méditation est un travail : on travaille sur soi-même. Cuisiner, c’est travailler. Jardiner, c’est travailler. Le travail ne veut pas dire travailler pour quelqu’un (c’est un emploi) ; le travail désigne toute activité que l’on pense être nécessaire pour vivre, pour notre survie, pour notre bien-être, pour notre santé, pour la santé des autres, pour rendre service, pour notre famille : c’est cela le travail. Le travail a une valeur intrinsèque. Le travail est une bonne chose : on a besoin de travailler. Il y a de la dignité dans le travail, même manuel, dans les choses faites à la main. Jardiner, cultiver sa nourriture a de la dignité et doit être respecté, et même honoré. Il n’y a aucune raison de valoriser le travail intellectuel et de dévaloriser le travail manuel. Les deux ont une dignité équivalente. Le travail intellectuel est nécessaire ; mais sans le fermier, l’intellectuel meurt. Il ne peut pas écrire des livres sans manger, sans nourriture. Et le fermier qui n’a pas de livres, de musique, de poésie, d’art, va tomber dans la déprime. Nous avons besoin des deux, des intellectuels et des manuels. Alors pourquoi être médecin serait-il plus important qu’être fermier ? Et pourquoi être avocat serait-il plus important qu’être artisan ? Nous devons mettre fin à ces distinctions.

« Le travail intellectuel est nécessaire ; mais sans le fermier, l’intellectuel meurt. Il ne peut pas écrire des livres sans manger, sans nourriture. Et le fermier qui n’a pas de livres, de musique, de poésie, d’art, va sombrer dans la déprime. »

« Le travail intellectuel est nécessaire ; mais sans le fermier, l’intellectuel meurt. Il ne peut pas écrire des livres sans manger, sans nourriture. Et le fermier qui n’a pas de livres, de musique, de poésie, d’art, va sombrer dans la déprime. »

Tout peut être un bon travail, mais cela doit venir de son propre cœur ; on doit sentir cet appel. Chacun doit pouvoir faire ce qu’il prend vraiment plaisir à faire. On peut aussi faire plus d’un travail : un peu de jardinage et de la poésie, comme Wendell Berry qui est un grand écrivain, poète, et un agriculteur à temps partiel. On peut être jardinier et peintre. Musicien et chef cuistot. Constructeur et écrire des livres. C’est cela, le travail. L’emploi est malheureusement souvent différent. L’entreprise doit donner la liberté d’utiliser notre créativité, nos initiatives, notre ingéniosité, notre imagination, nos talents et nos capacités : dans ce cas, il s’agit de travail. Mais si l’on ne peut pas utiliser tout cela, si l’on ne peut qu’exécuter des ordres et faire ce qu’on nous dit de faire juste pour avoir la fiche de paie et le salaire, alors il s’agit d’une forme d’esclavage glorifié. Je n’encourage pas cette forme d’emploi : je dis d’ailleurs souvent aux jeunes de ne pas rechercher un job, mais de se créer un job.

Peut-être, pour terminer, auriez-vous un message d’espoir à partager ?

Les choses changent toujours. Si l’on regarde l’histoire, on se rend compte que l’apartheid a disparu. La fin de l’apartheid nous donne de l’espoir. La discrimination contre les Noirs était une malédiction aux Etats-Unis ; Martin Luther King et le mouvement pour les droits civils ont lutté ; à cette époque les Noirs n’avaient pas le droit de voter. Et maintenant il y a un noir à la Maison Blanche ! Cela nous donne de l’espoir. Le mur de Berlin est tombé, après 40 ans : cela nous donne de l’espoir ! L’Inde est devenue indépendante : cela nous donne de l’espoir ! En République Tchèque, Vaclav Havel était en prison et est devenu président ! Cela nous donne de l’espoir. Aung San Suu Kyi a été retenue pendant 16 ans dans sa résidence. La résilience, l’opiniâtreté, la détermination, l’engagement et l’espoir font toujours la différence. Nous travaillons pour la paix, nous travaillons pour l’écologie, nous travaillons pour une société meilleure, pour notre bien-être, et tout cela a un impact : le changement se fait, petit à petit. On ne sait pas ce qui arrivera à la fin ; on ne le sait pas. Mais nous faisons ce qu’il nous semble bon de faire. L’espoir est fondamental : c’est lui qui permet le pouvoir d’action.

 img_0218-custom

 (Toutes les photos sont de Esther Ráez Martínez – Merci !)

Read Full Post »