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Archive for mai 2017

Je ne pensais pas reprendre la plume sur ce blog. Je ne pensais pas non plus prendre la foudre à deux reprises dans le pays basque.

Je pars en vacances, peinard, avec 2 bouquins en poche. « Les lois naturelles de l’enfant » de Céline Alvarez, et « Re-inventing organizations », de Frédéric Laloux.

Le premier, tout le monde en a entendu parler ; il a fait le « buzz », et la ministre de l’éducation de l’époque a même été interrogée à ce sujet. Des bouquins sur le sujet de l’éducation, j’en ai lu des pelletées. J’ai vu aussi beaucoup de conférences, fait beaucoup de rencontres (dont celle avec Satish Kumar, fondateur du Schumacher College). Là, j’ouvre ce bouquin, et au bout de quelques pages, je pleure. Et ça continue pendant le premier tiers du livre : je ne peux enchainer 2 pages sans activer une sécrétion lacrymale qui m’oblige à faire une pause. Je n’avais rien compris. Oui, ça fait des années que ce sujet me passionne, et je n’avais toujours rien compris. Les pièces de puzzles se sont accumulées pendant ces années, et là, il y a cristallisation : le puzzle, presque brutalement, se met en place. Ce bouquin parle d’une expérience faite pendant 3 ans dans une classe de ZEP de Gennevilliers. Ce bouquin fait une synthèse hallucinante des découvertes scientifiques (notamment en neurosciences) de ces 15 dernières années. Ce bouquin est au croisement de l’humanisme, de la science, de la vraie vie (réalités d’une classe dans l’école publique). Nous, humains habitant la France du 21ème siècle, nous sommes à la préhistoire de l’accompagnement de nos enfants, et ce malgré les talents et l’énergie déployés par nos instituteurs, professeurs et autres enseignants (ainsi d’ailleurs que tous les autres acteurs ; il n’y a pas d’individu sans talent, la question est : « au service de quoi je mets mes talents ? »). Le système actuel est un broyeur, et ce n’est pas notre minable place au classement PISA qui va assurer sa défense. Que faire après la lecture de ce livre ? La photo est tellement nette, et les solutions tellement évidentes (je ne dis pas « faciles ») que l’immobilité serait une insulte à notre Histoire (boudiou, je me mettrais presque à écrire comme un politique !?! 😉 ).

Cette femme aurait juste pu faire le buzz, et ensuite vendre des formations à 500€ la journée. Mais non. Elle décide de partager, gratuitement, sur son blog. Chapeau bas. Que dire de plus ? Je suis à la fois bouleversé et inspiré par ce qu’a fait cette femme, en plus du contenu lui-même évidemment.

Deuxième lecture : le bouquin de Frédéric Laloux. Alors là, c’est pareil. Des bouquins de management, j’en ai avalé quand j’étais « jeune-cadre-dynamique-qui-en-voulait-et-bien-plus-encore ». Et les questions de la coopération, du sens dans la vie (vous l’aurez bien compris, si vous avez parcouru ce blog), des alternatives me passionnent aussi depuis longtemps. Ce mec arrive de nulle part (merci quand même à Yaël, qui m’a fait découvrir le bouquin lors d’un stage avec Peter Koenig) et écrit un truc improbable, qui m’a donné des frissons pendant toute la lecture. Je ne te raconte pas la tête de mes hôtes quand ils me voyaient alternativement pleurer et trembler en lisant des bouquins pendant mes vacances. Même effet : le puzzle se rassemble ; l’image devient nette. Mes formations en sociocratie ou communication non violente, mes lectures sur le pouvoir (dont l’excellent Thich Nhat Hanh), les entreprises sociales et associations solidaires (chapeau bas à Ivan Maltcheff) et autres transitions (merci Rob Hopkins), tout cela s’est cristallisé grâce à Frédéric Laloux. Oui, nous sommes au bout du système pyramidal, du travail déconnecté du sens, tous deux générateurs de souffrance au travail et de destruction de tout ce qui est vital pour nous. Oui, il existe d’autres modèles, des solutions pour coopérer, faire émerger l’intelligence collective, pour mettre le sens au cœur de ce que l’on fait, y compris au travail. Ce n’est pas de la science fiction : ça fonctionne déjà, et depuis des années. Des pionniers ont défriché pour nous. Il en existe même tout près de nous, sans qu’on le sache, sans que ça fasse de bruit. Oui, j’ai (aussi) pris la foudre en lisant ce livre.

Il y a beaucoup de points communs entre ces deux livres, outre le fait qu’ils m’aient retourné (ce dont tout le monde se fiche, d’ailleurs 😉 ) : ces deux livres parlent de la même chose : comment nous, humains, qui arrivons au bout du bout d’un système déjà mort (pour reprendre l’expression de Pierre Rabhi), pouvons-nous nous renouveler pour vivre ensemble, en cohérence, dans le respect de nous-mêmes, des autres, de notre Terre (tiens, ça me rappelle quelque chose, ce slogan) ? Comment prendre soin de nos enfants ? De nous-mêmes ? De nos aînés ? Il me manque d’ailleurs un 3ème bouquin pour boucler la boucle, avec nos aînés : si quelqu’un a un titre dont l’audace passée au filtre de l’expérience l’a marqué, merci de partager ! Comment (re-)prendre soin de nos aînés, collectivement, dans la dignité, le respect, le partage ? Comment accueillir la mort sereinement, comme une étape de la vie ? Les peuples « primaires » avaient intégré ça à leur vie ; nous avons perdu ça, et encore plus depuis 2 ou 3 générations, en parquant nos sages dans des maisons de « retraite » quand ils/nous en avons les moyens (il n’y a pas de jugement : nous sommes tous plus ou moins directement passés par là).

Nous vivons une époque complètement incroyable, une transition unique. C’est source de peurs, mais aussi de libération d’énergies incroyables, d’une créativité sans précédent.  Tout est à faire, à ré-inventer. Évidemment, ce n’est pas facile. Évidemment, ça couine un peu dans les virages, et ça fait souvent des étincelles. Évidemment, il y a de la résistance dans l’ancien système : nous ne sommes pas à l’abri de sursauts suicidaires liés à la peur (toute référence à des événements nationaux récents n’est que pure… allez, j’arrête là). Mais ça va vite. Très vite. Et très fort. Prenez le MOOC « Gouvernance Partagée » des Colibris, par exemple. Une telle formation en ligne, gratuite (ou plutôt en participation consciente), de cette qualité, à disposition de tous, c’est complètement nouveau, complètement incroyable. Il y a 5 ans, ce type de formation aurait coûté 1000 ou 1500€, et il y aurait eu quelques sessions de 12 participants à Pétaouchnok. Là, le truc explose. La foudre s’abat sur des milliers de participants, rechargeant les batteries pour les prochaines années, même si ça picote un peu, la foudre. Pas facile de regarder en face nos vieux réflexes, nos vieux schémas, nos vieilles croyances : ça picote.

Bref, j’ai chialé et tremblé pendant mes vacances, et c’était délicieux.

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