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Posts Tagged ‘acheter les matériaux’

IMG_4559.resizedJe m’étais posé cette question assez superficiellement au tout début du projet, et j’avais conclu par : « De toutes façons, je vais tout faire sauf la charpente, ça fait partie du projet. Je verrai bien au fur et à mesure ». Eh bien nous y sommes… Il est temps pour moi de faire un point sur ce sujet. Je suis d’ores et déjà conscient que cet article ne peut être qu’incomplet : prenons-le comme un point de départ, une photo à l’instant « t ».

Après presque un an et demi de travaux, je crois que je peux dire « Euréka » : j’ai une équation qui semble bien fonctionner :

Equation

OK, en écrivant ça, je n’ai pas inventé l’eau chaude ;-). Mais il m’a fallu près d’un an pour me rendre compte de cette réalité ; c’est d’ailleurs presque une loi de la Nature. A budget et savoir-faire égaux, s’il y a moins de main d’œuvre, il faut plus de temps pour un résultat équivalent. Si on a moins de savoir-faire, il faut plus de temps. Si on a moins de temps, il faut soit plus d’argent, plus de main d’œuvre, à savoir-faire équivalent. Je pourrais continuer longtemps, ça marche dans tous les sens…

Voici donc quelques leviers d’action :

  • Savoir-faire : j’en ai bien peu comparé aux professionnels. Je sais faire plein de choses, mais beaucoup moins vite, beaucoup moins efficacement et certainement aussi moins bien que les professionnels. Les échanges quasi quotidiens avec les artisans (amis ou connaissances) m’aident beaucoup : je trouve cela complètement indispensable. Mais j’ai utilisé d’autres moyens pour améliorer mon savoir-faire : j’ai choisi de faire des stages de formation, par exemple au Gabion (j’ai trouvé ça génial, je recommande les yeux fermés) ou chez Oikos (vraiment bien, mais un cran en-dessous selon moi ; était-ce lié au sujet ?). J’ai aussi pu mettre la main à la pâte ici et là sur des projets d’autoconstruction, et sur d’autres chantiers (enduits, couverture, etc.) ; j’y ai énormément appris, et aussi beaucoup échangé… Enfin, dernière source d’apprentissage : les gens qui savent faire et qui viennent donner un coup de main… Alors là, c’est précieux car on fait d’une pierre plusieurs coups : j’apprends, je fais avancer le chantier plus vite et mieux que si j’avais été tout seul, et en plus nous passons un bon moment… C’est le top du top selon moi, et sur la base d’échange (1 journée rendue pour une journée donnée), ça marche plutôt bien… Au final, je dois me rendre à l’évidence : à partir du moment où je décide de couvrir le maximum de domaines, il faut que j’accepte de les couvrir moins profondément. Chaque métier à ses petits trucs qui font toute la différence, ces choses que seules les années d’expérience, les leçons tirées des erreurs passées peuvent apporter. Quoiqu’il en soit, le réseau humain est selon moi un facteur critique de réussite pour un tel projet… Croiser tel ou tel artisan chez le marchand de matériaux m’a souvent donné un sacré coup de pouce, au bon moment !
  • Temps : bien que je sois conscient que le temps n’est qu’un artifice pour mesurer le mouvement (planétaire, en l’occurrence), je cours après, comme beaucoup de monde… Depuis le début du chantier, je me rends compte que je fais des choses plus ou moins efficacement, en plus ou moins de temps. En premier lieu, il y a des questions de pure gestion de projet : faire en sorte que les matériaux soient là à temps (et pas trop tôt car cela peut gêner à cause du stockage), de même que les outils (y compris ceux qu’on doit emprunter le cas échéant, du type tracteur ou échafaudage), ainsi qu’éventuellement la main d’œuvre. Pour faire ça vraiment bien, il faudrait avoir une bonne idée du temps que va prendre une tâche ; et pour ça, je dois dire que je navigue à vue : j’apprends tous les jours. Côté gestion de projet, il y a aussi l’enchaînement des tâches sur différents corps de métier : tant que l’échafaudage est monté en pignon, autant en profiter pour faire le bardage ET les rives de toit (par exemple). C’est du bon sens mais ça change beaucoup de choses. L’organisation du chantier a aussi un grand impact : prévoir une aire de stockage des matériaux à l’abri, qui ne gêne pas (ni la pelleteuse, ni les livraisons, ni, ni, ni). Je n’avais pas prévu cela, et je me suis retrouvé à déplacer des matériaux plusieurs fois. L’enchaînement des saisons aussi est important : quand il fait beau, se concentrer exclusivement sur les tâches extérieures… J’ai regretté de ne pas avoir fait les enduits des soubassements l’an dernier avant les gelées, par exemple. Autre chapitre : le perfectionnisme… D’après le principe de Pareto, on peut obtenir 80% des résultats avec 20% des efforts, et par contre pour obtenir les 20% de résultats restants, il faudra déployer 80% d’efforts (c’est un exposé grossier du célèbre principe). Je pense que je suis la plupart du temps dans la tranche des 20% de résultats restants, déployant ainsi une grande énergie et beaucoup de temps pour faire les choses « bien ». Est-ce vraiment indispensable ? Je crois que c’est parfois important, parfois non ; c’est rarement critique. Ce qui est sûr, c’est qu’à ce sujet, j’apprends beaucoup des venues de personnes extérieures. De manière beaucoup plus générale, je lutte aussi avec les moments de repos (cf. histoire du bûcheron à la fin de l’article), ainsi qu’avec les objectifs : la question classique est : « quand allez-vous emménager ? ». Ben j’en sais rien. Enfin, il y a des questions radicales au sujet du temps : vais-je prendre une (ou deux) années sabbatiques pour ce projet ? Ou bien continuer de travailler en parallèle ? Quelle priorité vais-je mettre sur le projet par rapport aux autres pans de ma vie (cf. la célèbre histoire des cailloux) ?
  • Main d’œuvre : il y a de nombreuses options : les amis de passage, ceux qui viennent participer à une tranche de projet, la famille (des retraités très actifs notamment ;-)). Il y a aussi les échanges de temps, que ce soit de manière informelle ou au sein d’un SEL (Système d’Échange Local). Certains ont organisé de vrais chantiers participatifs ; je dois dire que je n’ai pas vraiment exploré cette piste, pour des raisons qui ne sont pas encore très claires. Pour toutes ces solutions, la question de l’assurance se pose : que se passe-t’il s’il y a un accident sur le chantier ? Il y a des solutions (assurance Castors par exemple), mais encore une fois, je n’ai pas exploré le sujet à fond. Deuxième option, que j’ai utilisée à plusieurs reprises : le chèque emploi service universel. Cela permet de rémunérer quelqu’un pour quelques heures, de manière hyper simple (tout se fait par le web), et pas chère (il y a un crédit d’impôts correspondant en gros aux charges employeur ; des simulations sont disponibles sur le site du CESU). Il y a quelques précautions à prendre : au delà d’une certaine durée de travail mensuelle, il faut un contrat de travail par exemple, ou bien faire attention à ne pas dépasser le plafond de crédit d’impôts ; mais pour des coups de mains ponctuels, ça marche vraiment bien. Le bon côté, c’est qu’on peut vraiment apprendre beaucoup en plus du coup de main (selon la personne embauchée) ; l’inconvénient est que l’on n’a pas de garantie sur le travail effectué, contrairement à une sous-traitance à une entreprise. Dernière option donc (en tous cas pour cet article) : la sous-traitance pure. Faire faire des devis pour une tâche particulière, sélectionner l’artisan et suivre les travaux. Pour l’instant, nous ne l’avons fait qu’à 2 reprises : pour la charpente et pour les menuiseries. Une vraie question au sujet de la sous-traitance est : que faire sous-traiter ? J’ai retrouvé un petit tableau édité par l’association des Castors Rhône-Alpes :
Extrait d'un tract des Castors Rhône-Alpes

Part des matériaux et de la main d’œuvre, par poste. Extrait d’un tract des Castors Rhône-Alpes

      Évidemment, ce ne sont que des approximations, et pour une maison « traditionnelle ». Pour une maison bois, par exemple, les répartitions charpente/maçonnerie n’ont rien à voir. Mais cela donne des informations assez intéressantes, notamment pour la part de la main d’œuvre dans le coût, par poste. Je suis curieux de savoir ce que va donner la réalité de notre chantier en comparaison de ce tableau… Quoiqu’il en soit, on peut déjà voir qu’à la louche, la main d’œuvre représente un peu moins de 50% du coût de la construction. Les critères de choix pour la sous-traitance peuvent être divers : par exemple, nous avons choisi la charpente pour des raisons de technicité, de temps et de garantie. Mais il se peut aussi qu’on fasse sous-traiter de la grosse maçonnerie dans le futur, simplement parce que ça ne m’intéresse plus vraiment (j’ai déjà vu le film avec les fondation de la maison), et que c’est vraiment physique (pour préserver mon dos)… Chacun son chemin.
  • Argent. Pas infini (pas pour nous en tous cas ;-)), et nécessaire… Il en faut pour acheter les matériaux, par exemple. Voici donc ouvert le chapitre « achats ». J’ai découvert avec étonnement que les prix des matériaux, à qualité égale, pouvaient varier énormément. L’exemple le plus flagrant a été l’achat du gros câble pour relier notre maison au compteur ERDF (cf. article) : le premier devis chiffrait le câble à près de 5000 Euros ; après une recherche sur Internet, le prix est tombé à 2300 Euros ; finalement, nous l’avons eu à 2033 Euros TTC livré… Soit un gain de plus de 50% ! En fait, on peut gagner énormément en passant un peu de temps sur les achats. Je parle évidemment à qualité équivalente : je suis (devenu ?) un partisan de la qualité que ce soit pour les matériaux ou l’outillage (cf. l’épisode de la meuleuse d’angle Bosch…). Je crois que les clés du bon achat passent par l’anticipation (un achat urgent est coûteux), le groupement à chaque fois que cela a un sens (soit avec d’autres personnes, soit en groupant tous les achats du même matériaux en 1 commande, par exemple les liteaux / le bardage / le ciment / le sable / etc.), la comparaison (faire faire plusieurs devis), et la négociation (je n’hésite plus à négocier dès que les volumes sont significatifs). Très souvent, j’obtiens autour de 20% de remise ; au final, ça fait une grosse différence, même si ces achats « optimisés » se font en parallèle d’achats « urgents » (il y en a toujours). Mais très clairement, à budget limité, c’est rentable de passer du temps sur les achats, en utilisant les 4 axes listés ci-dessus. Enfin, il y a aussi des questions très radicales concernant ce sujet : est-ce qu’il vaut mieux prendre une année sabbatique et faire le maximum soi-même ou bien continuer de travailler et faire sous-traiter plus ? Tout cela rentre dans un tableur (même si la question fondamentale est beaucoup plus profonde) : l’exercice est hyper intéressant, voire déroutant… Moi qui ai dans le passé sous-traité une bonne partie de ma vie (jusqu’à l’alimentation !), je crois que je pourrais écrire un bouquin à ce sujet… Autre question : dois-je attendre d’avoir l’argent pour faire ou vaut-il mieux que j’emprunte pour faire immédiatement ? Tout cela se discute, se mesure, mûrit… Ces questions dépassent évidemment largement le périmètre du projet de construction…

Oulala, encore une fois, je me rends compte que la plume (le clavier en l’occurrence) a beaucoup travaillé, et qu’il est temps de conclure… Vous l’avez bien compris, je n’ai pas de réponse à la question posée : « faire ou faire faire »… je crois que c’est avant tout une question d’équilibre entre les 4 leviers, selon les aspirations et contraintes de chacun… Il y a d’ailleurs peut-être d’autres leviers à ajouter dans l’équation ?

Bonus : Le bûcheron obstiné (extrait de « Laisse-moi te raconter… les chemins de la vie » de Jorge Buclay) :

 » Il était une fois un bûcheron qui se présenta pour travailler sur un chantier de bois d’œuvre. Le salaire était bon et les conditions de travail encore meilleures, aussi le bûcheron voulut-il se montrer à la hauteur.
Le premier jour, il se présenta au contremaître, qui lui donna une hache et lui assigna un secteur.
Plein d’enthousiasme, l’homme partit couper des arbres dans la forêt.
En une seule journée, il en abattit dix-huit.
« Je te félicite, lui dit le contremaître. Continue comme ça. »
Encouragé par ces paroles, le bûcheron décida d’améliorer son rendement le lendemain. Aussi se mit-il très tôt au lit.
Au matin, il se leva avant tout le monde et partit en forêt. Malgré son acharnement, il lui fut impossible de réussir à couper plus de quinze arbres.
 » Je dois être fatigué », pensa-t-il. Et il choisit de se coucher en même temps que le soleil.
Il se leva à l’aube, résolu à battre son record de dix-huit arbres. Cependant ce jour-là, il ne parvint même pas à la moitié.
Le lendemain, il n’en abattit que sept, puis cinq, et enfin, le dernier jour, il passa tout l’après-midi à essayer de couper son dernier arbre.
Inquiet de ce qu’allait dire le contremaître, le bûcheron alla le trouver et lui raconta ce qui lui arrivait, lui jurant sur tout ce qu’il avait de plus cher, qu’il s’escrimait jusqu’à se sentir au bord de l’évanouissement.
 » Quand as-tu aiguisé ta hache pour la dernière fois? lui demanda le contremaître.
– Aiguiser ? Je n’ai pas eu le temps ! J’ai été bien trop occupé à couper des arbres. »

Bucheron« 

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