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Posts Tagged ‘Choix des menuiseries’

DSC_9719.resizedAlors là, énorme chapitre… Depuis le début du projet, ce sujet me trotte dans la tête : quelles menuiseries choisir ? Bois, PVC, alu, bois-alu ? Quel vitrage ? Double ? Triple ? Récemment, il y a eu un dossier dans le magazine « La Maison écologique » (numéros 74 et 75) à ce sujet : encore beaucoup d’info, mais rien d’évident pour moi. C’est à la fois technique, plutôt important au niveau de l’isolation, fondamental pour la vie quotidienne dans la maison, et en même temps un énorme budget… Au final je crois que c’est comme le vin ou la photo : c’est un sujet sans fin.

Tout a commencé avec le dessin des plans de la maison ; je prenais soin de suivre des principes bioclimatiques de base (cf. article). Un minimum d’ouvertures au Nord (et de petite taille), de grandes ouvertures au Sud, éviter les ouvertures à l’Ouest. Avec des ouvertures représentant 17% de la surface habitable, dont 56% orientées au sud, nous rentrons pile poil dans les clous du bioclimatisme tels que décrits par J.P. Oliva et S. Courgey (cf. bibliographie). Quand je dis ça, je n’ai pas encore parlé des menuiseries en elles-mêmes…

Par où commencer ? Le budget peut être un point de départ, car il permet d’orienter fortement la direction : menuiseries « de base » aux cotes standard achetées en grande surface (Brico Dépôt, Lapeyre ou autre – il y a déjà bien des différences entre toutes celles ci, évidemment), ou bien menuiseries « de qualité », éventuellement sur mesure. Rien que ce choix n’est pas évident, sauf si on se situe dans les extrêmes : avec budget illimité, c’est simple. Avec budget hyper serré, c’est aussi simple. Entre les deux, beaucoup de questions, d’autant plus que la différence de tarif n’est pas du tout évidente : j’ai fait faire un devis chez Lapeyre, et ils sont sortis plus chers que l’artisan du coin et que certaines menuiseries industrielles de qualité… A ne plus rien comprendre. Pour nous, l’idée est d’avoir des menuiseries pour la vie, sans pour autant pénaliser d’autres budgets dans la maison.

Deuxième aspect : la matière… En construisant une maison en bois, je suis plus naturellement attiré par des menuiseries bois. Rien que ce choix n’est pas forcément évident : selon l’essence, les performances thermiques seront plus ou moins bonnes… Et la durabilité aussi ! Le chêne est très dense, et donc moins isolant (on connaît les lambda par essence de bois) que de l’épicéa par exemple ; par contre, il durera beaucoup plus longtemps. Il faudra faire un compromis entre performances et durabilité. Le bois demandera aussi beaucoup d’entretien, à priori. Poncer et peindre les menuiseries, ça ne parait pas grand chose, mais uniquement aux personnes qui ne l’ont jamais fait ;-). Le PVC ? Même si les performances thermiques sont plutôt bonnes, cette option a été éliminée : tous mes a-priori resurgissent, surtout après avoir vu « Plastic Planet » (cf. biblio)… L’alu ? Rhaaaa… Pas bon thermiquement, hyper coûteux à produire en énergie ; pas vraiment respectueux de notre planète. Combiné bois-alu ? A priori la meilleure option technique : aussi bon que le bois thermiquement, pas trop d’alu, et pas d’entretien. Par contre, côté budget, ça picote un peu : +40% par rapport à des menuiseries chêne de qualité, devis en mains pour nos menuiseries.

Troisième chapitre, le vitrage : double ? Triple ? Argon ? Pas si simple, en fait. Il faut tenir compte du facteur solaire, c’est à dire que la quantité de chaleur (soleil) qui va entrer (à travers le vitrage) l’hiver pour réchauffer la maison. A priori, pas de triple vitrage au sud, sinon on perd plus d’énergie (celle du soleil qui ne passe pas) qu’on en gagne (avec l’isolation)… Je vous parle de ça avec des données qui datent de 18 mois ; il se peut très certainement que les triple vitrages aient fait des progrès sur cet aspect depuis. Triple vitrage au nord ? Après un rapide calcul, étant donnée la surface des menuiseries et de vitrage au nord, il n’y a quasiment aucun gain thermique, pour un surcoût significatif. Concrètement, sur des petites ouvertures, la surface vitrée est petite proportionnellement à la surface du support (ouvrant & dormant en bois ou autre) : le gain thermique est donc limité, car le support est très souvent beaucoup moins performant que le vitrage. De plus, même si on peut gagner 22% de performances sur une petite ouverture, étant donné le rapport des surfaces, ce gain ne sera pas significatif sur la totalité des ouvertures (de l’ordre que quelques %), et quasi négligeable sur la totalité de la maison (une fraction de %). Si j’ai 500€ de plus à mettre dans la performance thermique, est ce que je mes mets sur du triple vitrage au nord, pour gagner 0,3% de performance thermique globale, ou est-ce que je les mets dans un bypass (cf. article) de puits Canadien, ou dans 10cm d’isolant supplémentaires dans le plancher ? En fait, il n’y a pas photo dès qu’on regarde l’impact global sur la performance énergétique, sur le papier.

Quatrième aspect : l’aspect social et local. Elles viennent d’où, les menuiseries ? Comment sont-elles produites ? Avec du bois exotique provenant de la déforestation d’Amérique du Sud, scié dans un pays d’Europe de l’Est et usiné dans un autre pays de l’Europe de l’Est ? Avec de l’épicéa d’Europe du Nord, scié sur place puis usiné en Europe de l’Est ? (note : j’aime l’Europe de l’Est, pour l’avoir beaucoup parcourue pendant ma vie professionnelle précédente ;-)). Honnêtement, Il y a 3 ans, je ne me serais jamais posé cette question… Et là, cet aspect devient central…

Voilà en gros pour le parcours… Après beaucoup, beaucoup de noeuds au cerveau et de gros tableaux excel avec calculs thermiques (Uw, Ug etc) en parallèle de calculs financiers, nous sommes partis sur des menuiseries bois, en chêne. Il y avait 2 finalistes : un industriel de l’Est de la France, qui fait vraiment du bon boulot, pour avoir vu le résultat à plusieurs endroits ici, et un menuisier local, dont j’avais aussi pu voir le travail fini à plusieurs endroits. Côté tarifs, c’était comparable après que l’industriel se soit aligné. Côté confiance, il y avait aussi égalité : un super bon relationnel et une confiance totale dans les 2 cas : des personnes qui connaissent très bien leur boulot, réactifs, à l’écoute, en 1 mot : « super ». Côté technique, il y avait un léger avantage pour l’industriel : ils savent sortir le Uw de chaque fenêtre par exemple. Il y a une croyance qui dit que les fenêtres industrielles sont de meilleure qualité que les fenêtres artisanales, car c’est fait sur des machines numériques, avec de procédures et un contrôle qualité carrés. Je ne partage pas complètement ce point de vue : il y a des interventions humaines à tous les niveaux, et la qualité globale est directement proportionnelle à l’implication des humains concernés : si c’est un boulot déshumanisé, à la chaîne, dont la personne n’a que faire à part recevoir le chèque en fin de mois, le résultat sera moins bon qu’un artisan amoureux de son travail, qui y met tout son coeur. Reste à trouver l’artisan amoureux de son travail ;-). Pour résumer, je crois que le facteur humain est au coeur de tout, pas les machines ou processus de fabrication, même si ces dernières ont leur importance, évidemment.

Le tout était rendu un peu plus compliqué car l’artisan ne voulait pas fabriquer une si grande baie vitrée en bois… L’industriel faisait tout, et en face il fallait faire appel à 2 artisans, en faisant un compromis sur la baie vitrée : baie vitrée alu, malgré l’impact en énergie grise et les performances thermiques, faite par une entreprise locale (20 km).

Oulala il va falloir que j’abrège, je me rends compte que je suis en train d’écrire un bouquin pour ces menuiseries… Le déclic pour le choix s’est fait un matin, en me levant : « je ne peux pas me plaindre qu’il n’y ait plus d’emploi dans la région, et en même temps ne pas donner de travail aux artisans locaux… ça n’a aucun sens. » A qualité comparable, à prix égal, il n’y a pas photo : je privilégie le local. Je dis « je », mais je devrais dire « nous », car ce fut une décision collégiale et unanime ;-).

Côté entretien, nous misons tout sur la peinture à l’ocre (cf. article), avec un ocre rouge ! Si tout va bien, l’entretien devrait être hyper limité… Un pari sur le 100% naturel et sur le traditionnel en même temps…

Finalement ce fut une affaire de compromis… Je suis un peu tendu pour cette histoire de baie vitrée (est-ce que nous allons regretter le choix alu, à cause des performances thermiques ?), mais d’un autre côté il y a beaucoup moins de chances d’avoir des problèmes mécaniques liées au travail du bois sur de telles dimensions… Nous verrons bien !

Par contre, un grand plaisir pour moi est d’aller rendre visite au menuisier… Et de voir l’avancée des portes et fenêtres ! J’adore le bois, le travail du bois, et ces gars là sont des artistes… Un pur plaisir !

La matière de base : du bois d'arbre ;-). Notre menuisier achète les arbres sur pied et scie les grumes dans leur atelier.

La matière de base : du bois d’arbre ;-). Notre menuisier achète les arbres sur pied et scie les grumes dans leur atelier.

J’aime aussi les machines : des Guillet, entreprise Auxerroise où mon grand père a travaillé… Si ça se trouve, les machines qu’ils utilisent ont eu la « patte » de mon grand-père !

Nos menuiseries "en kit" : les pièces de bois viennent d'être débitées.

Nos menuiseries « en kit » : les pièces de bois viennent d’être débitées.

Scie à ruban "Guillet"

Scie à ruban « Guillet »

Les montants sont maintenant usinés.

Les montants sont maintenant usinés.

L’atelier lui-même est super beau… Je crois que je pourrais vraiment travailler ici !

Les fenêtres prennent forme !

Les fenêtres prennent forme !

Petit à petit, le puzzle s’assemble… C’est magique… Et je trouve ça vraiment beau ! Le bois, quelle matière quand même… Surtout le chêne ! Je ne vous parle même pas de l’odeur…

Un début de porte...

Un début de porte…

Quel plaisir de rendre visite au menuisier, de discuter avec lui… Je crois que ça n’a pas de prix, ce lien, ce partage, cette porte ouverte sur sa passion.

Et voici les vitrages !

Et voici les vitrages !

Et en plus j’apprends plein de choses… c’est assez extraordinaire de découvrir le langage et la technicité de chaque corps de métier… pare-close, feuillure, dormant, mortaise, etc. C’est soit de l’hébreu inaccessible, soit une douce mélodie pour les initiés…

Dire que j’aurais pu passer à côté de tout ça… Boudiou (comme on dit par chez nous), le bonheur, ça ne tient quand même pas à grand chose !

Bon, il faut quand même que j’aille bosser un peu, car quand les gars vont se pointer pour les poser (ce qui ne saurait tarder), il faudra que tout soit prêt pour accueillir ces oeuvres d’art… A bientôt pour le prochain chapitre…

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